Programme du séminaire 2014-2015

18 novembre 2014 : « Violence, droit et légitimation » (Salle IHMC, journée entière : 10h-13h, puis 14h-17h) : 

- 10h-13h : « Violence, droit et légitimation : un bilan des travaux de l’Atelier » (Félix Blanc, docteur en études politiques, ATER en science politique à l’Université de Nice)

- 14h-17h : « Les rapports entre violence matérielle et violence symbolique » (Félix Blanc et Francisco Roa Bastos, docteur en science politique, rattaché à l’Université de Nanterre)

 

2 décembre 2014 : « La légitimation du côté des « gouvernants » (Salle IHMC, journée entière : 10h-13h, puis 14h-17h) : 

- 10h-13h : « La légitimation du côté des “gouvernants” : discours et revendications de légitimité. Un bilan des travaux de l’Atelier  » (Raphaëlle Laignoux, maître de conférences en histoire romaine à l’Université de Paris 1) 

- 14h-17h : « La légitimation intrapartisane d’un parti au pouvoir : le cas du parti socialiste grec pendant les années 2001-2010 » (Dimitrios Kosmopoulos, doctorant en Science politique à l’Université Paris-Dauphine).

 

27 janvier 2015 : « La légitimation du côté des “gouvernés” » (Salle CEA Annexe, 14h-17h) : 

- 14h-17h : « La légitimation du côté des “gouvernés” : attestations publiques de légitimité, expressions et fabrique du consentement. Un bilan des travaux de l’Atelier  » (Antoine Gailliot, agrégé d’histoire, professeur au lycée La Hotoie, Amiens)

 

17 février 2015 : « La légitimation entre sciences sociales et sciences de l’esprit » (Salle CEA Annexe, 14h-17h) : 

14h-17h : « La légitimation entre sciences sociales et sciences de l’esprit » (Vanessa Bernadou, doctorante en science politique à l’Université Paris-Dauphine et Francisco Roa Bastos, docteur en science politique rattaché à l’Université de Nanterre)

 

10 mars 2015 : « Les formes et les enjeux du “Dissent” » (Salle Histoire, 14h-17h) : 

14h-17h : « Les formes et les enjeux du “Dissent” : ce que le refus d’obéir nous apprend sur la légitimation du pouvoir » (Antoine Gailliot, agrégé d’histoire, professeur au lycée La Hotoie, Amiens)

 

14 avril 2015 : « La légitimation et la question des “croyances”» (Salle d’histoire, 14h-17h) : 

14h-17h : « La légitimation et la question des “croyances”. Un bilan des travaux de l’Atelier » (Vanessa Bernadou, doctorante en science politique à l’Université Paris-Dauphine et Francisco Roa Bastos, docteur en science politique rattaché à l’Université de Nanterre)

 

 

[Publication] Que faire du charisme ? Retours sur une notion de Max Weber

Que faire du charisme ? Retours sur une notion de Max Weber

Rennes, Presses Universitaires de Rennes, avril 2014.

Le premier ouvrage collectif dirigé par des membres de l’Atelier légitimation vient de paraître. Tiré du colloque  de 2011 « Max Weber et la notion de charisme en sciences sociales », ce recueil tente de déterminer ce qu’est  devenu le charisme après un siècle de métamorphoses depuis la sociologie de Max Weber. La genèse même du concept y est questionnée, ainsi que le contexte politique dans lequel il a été élaboré. Les exemples historiques de personnalités ayant été désignées comme « charismatiques » sont également analysés. Il s’agit de mieux saisir les enjeux et les problèmes soulevés aujourd’hui encore par la notion de charisme, au point que peut se poser la question de son utilité scientifique même.


Pour en savoir plus :

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3461

Programme du séminaire 2013-2014

Politique et communication

 Mercredi 5 février

 Emilie L’Hôte, maître de conférences en études anglophones, Université de Paris 7 :

« La communication politique du New Labour : cadres sémantiques et métaphores conceptuelles dans les discours des travaillistes britanniques (1994-2007) »

 Mercredi 19 février

Vanessa Bernadou, doctorante en science politique à l’Université de Paris-Dauphine

Francisco Roa Bastos, docteur en science politique, rattaché à l’ISP (Université Paris Ouest)

« Les outils de la communication politique et leurs usages en démocratie : des études d’opinion au marketing politique »

Elections et consentement

 Mercredi 5 mars

 Félix Blanc, doctorant en études politiques à l’EHESS (CESPRA)

Introduction au thème de l’atelier : « Elections et consentement »

 Antoine Gailliot, professeur d’histoire

« Chomsky : à propos de Manufacturing Consent »

 Mercredi 12 mars

 Jérôme Heurtaux, maître de conférences en science politique, Université Paris-Dauphine, en détachement à l’IRMC (Institut de recherche sur le Maghreb contemporain)

« Vers une sociologie des rapports au politique en Tunisie. »

 Mercredi 2 avril

 Samuel Hayat, Post-doctorant au CNAM (laboratoire Histoire des technosciences en société, HT2S)

« Légitimation et représentation sous la « République de Février » (1848) »

Mercredi 7 mai

Félix Blanc, doctorant en études politiques à l’EHESS (CESPRA)

« Le consentement à la politique extérieure dans deux gouvernements représentatifs : France et Etats-Unis »

Programme du séminaire 2012-2013

L’année 2012-2013 a été consacrée à la préparation des actes du colloque « Max Weber et la notion de charisme en sciences sociales », qui débouche sur la publication d’un ouvrage collectif à paraître en mars 2014 aux P.U.R. : Que faire du charisme ? Retours sur une notion de Max Weber

Présentation

La notion de charisme s’est aujourd’hui banalisée. Reprise et réélaborée au début du siècle dernier par le sociologue allemand Max Weber à partir des travaux de Rudolph Sohm sur le christianisme primitif, pour désigner une manière de légitimer un pouvoir, cette notion s’est diffusée au point de devenir de nos jours une figure imposée, et galvaudée, du discours politique et médiatique. Le charisme s’est transformé en lieu commun, concept-réflexe qu’on dégaine à tout bout de champ pour qualifier tous ceux qu’on estime « à part », dotés d’un « je-ne-sais-quoi » qui les fait sortir de l’ordinaire, sans qu’on cherche le plus souvent à caractériser précisément cette sorte d’« aura mystérieuse » censée entourer les êtres dits charismatiques. Mais qu’est-ce, précisément, que le charisme ? Est-il seulement possible d’en proposer une définition scientifique rigoureuse qui ferait consensus, alors que Weber lui-même n’a cessé de retravailler cette notion, sans jamais proposer une systématisation des multiples usages qu’il a pu en faire dans son œuvre ? C’est ce que cet ouvrage tente de déterminer, en convoquant des spécialistes de différentes disciplines (histoire, philosophie, sociologie et science politique) pour réfléchir à la fois sur la genèse du concept dans l’oeuvre de Weber, sur le contexte politique dans lequel il a été élaboré (la naissance des démocraties de masse) et sur des exemples historiques de personnalités qui ont pu être, un jour, désignées comme « charismatiques ». Ces retours critiques sur une notion complexe et laissant une très grande marge d’interprétation, permettent de mieux saisir les enjeux et les problèmes soulevés aujourd’hui encore par la notion de charisme, au point que peut se poser la question de son utilité scientifique même.

Programme du séminaire 2011-2012

I. Espace public, délibération et légitimation politique

9 novembre 2011

Félix Blanc (philosophie, EHESS) et Raphaëlle Laignoux (histoire, Paris 1).

Séance introductive : les enjeux du concept d’« espace public »

 

Charles Girard (philosophie, Paris IV)

« L’idéal délibératif à l’épreuve des démocraties représentatives de masse. Autonomie, bien commun et légitimité dans les théories contemporaines de la démocratie »

 

23 novembre 2011

Aude Leblond (littérature française, Paris III)

« Ce que les critiques littéraires font à l’espace public »

 

4 janvier 2012

Chercheur invité :

Nicolas Offenstadt (histoire, Paris 1) : « Que faire de « l’espace public » au Moyen Age ? »

 

II. Les constitutions et la légitimation

1er février 2012

Antoine Gailliot (histoire, Paris 1)

« Légitimation et Judicial Review, à partir des travaux du philosophe du droit Ronald Dworkin »

 

8 février 2012

Chercheur invité :

Arnaud Le Pillouër, (droit public, Université de Cergy – Pontoise, et rattaché au Collège de France : « Essais sur le pouvoir instituant »

 

7 mars 2012

Vanessa Bernadou (Science politique, Dauphine)

« Les usages du droit dans les processus de légitimation d’un pouvoir politique : le cas des juges de la Cour Suprême en Argentine. »

 

21 mars 2012

Emmanuelle Pérez (histoire, EHESS)

Présentation de thèse : « La constitution de Cadix (1812) et la légitimation de la fédéralisation de l’empire espagnol ».

 

III. Les enjeux de l’épistémologie des sciences sociales pour penser la légitimation

 

28 mars 2012

Aude Leblond (littérature française, Paris III) et Francisco Roa Bastos (science politique, UVSQ)

« Penser la légitimation avec Les mots et les choses de Michel Foucault ».

 

4 avril 2012

Chercheur invité :

Bernard Lacroix (science politique, Université de Paris Ouest Nanterre

« La mise en forme de « la politique » dans les « constitutions »

 

De 13h30 à 15h, une séance préparatoire permettra de présenter les travaux de Bernard Lacroix autour de cette question, lui-même intervenant de 15h à 17h.

 

16 mai 2012

Florence Hulak (philosophie)

Présentation de thèse : « Mentalités et imaginaires sociaux : le problème de la subjectivité dans la science historique française et la philosophie de l’histoire contemporaine ».

Colloque Weber et le charisme

Max Weber et la notion de « charisme » en sciences sociales : contributions à l’étude de la légitimité du pouvoir (28-29 janvier 2011)

Ecole Normale Supérieure, 28-29 janvier 2011

La notion de « charisme » est largement utilisée et discutée en sciences sociales dans le cadre des réflexions sur la légitimité et les processus de légitimation du pouvoir politique, dans le sillage, notamment, des analyses que Max Weber lui a consacrées. Par ailleurs, il existe – dans des disciplines comme l’histoire, la philosophie, l’anthropologie, la sociologie politique – tout un ensemble de termes, plus ou moins conceptualisés, qui renvoient à l’idée de « figure charismatique », tels que « grand homme », « homme providentiel », « sauveur », « leader », qui prêtent parfois à des interprétations trop rapides dans des configurations sociales qui s’avèrent pourtant très complexes. L’ambition de la journée que nous présentons est donc de revenir sur ces « phénomènes charismatiques », réels ou supposés, à travers une relecture de Max Weber, afin de proposer un bilan des recherches passées et en cours sur la question. Il nous semblait en effet intéressant, à l’heure où des traductions de certains travaux de Weber inédits en français ainsi que des études sur le « charisme » ont été publiés ou sont en cours de publication, de réunir des chercheurs issus de plusieurs disciplines pour discuter la pertinence de cette notion.

Nous espérons contribuer par là au renouvellement des discussions interdisciplinaires en sciences sociales, démarche au fondement de l’ « atelier légitimation » que nous organisons depuis deux ans sur la légitimité et la légitimation du pouvoir. Cette journée s’inscrit en effet dans le cadre du travail réalisé par ce groupe de recherche interdisciplinaire, qui rassemble une dizaine de jeunes chercheurs en histoire, philosophie et sociologie politique : c’est parce que nous avons rencontré dans nos recherches, centrées sur des époques et des configurations très différentes, cette notion de « charisme », qu’a surgi ce questionnement autour de l’usage et des lectures que l’on peut encore en faire, afin d’essayer de mieux en déterminer l’intérêt scientifique mais également les risques éventuels.

1. Quelques éléments de définition

Le mot « charisma » signifiait en grec la grâce ou la faveur attachée à une personne ou à un acte ; il désigna par la suite un don religieux dans le christianisme primitif. C’est en ce sens que Rudolph Sohm l’utilise, le premier, pour caractériser la qualité religieuse exceptionnelle des prophètes de l’Ancien testament [1]. S’opposant à cet usage du mot, limité au christianisme primitif, Max Weber élargit la notion et en propose sa propre définition : « Nous appellerons charisme la qualité extraordinaire (à l’origine déterminée de façon magique tant chez le prophètes et les sages, thérapeutes ou juristes, que chez les chefs des peuples chasseurs et les héros guerriers) d’un personnage qui est considéré comme doué de forces et de qualités surnaturelles ou surhumaines, ou au moins spécifiquement extra-quotidiennes qui ne sont pas accessibles à tous, ou comme envoyée par Dieu, ou comme exemplaire, et qui pour cette raison est considérée (gewertet) comme « chef » [2]. Reprenant et généralisant un concept de la sociologie et de l’histoire des religions, Weber l’érige ainsi en catégorie centrale de la sociologie de la domination, et plus particulièrement, de la domination politique, jusqu’à en faire un des trois « types de domination » qu’il distingue dans le célèbre chapitre de Economie et société [3]. Depuis lors, le « charisme » est devenu une notion courante pour analyser la légitimité de régimes politiques ou de « figures » historiques dans diverses disciplines des sciences sociales. Weber lui-même a fait usage du concept dans ses réflexions sur la réforme constitutionnelle de l’Allemagne, par exemple, s’interrogeant sur la nature du régime parlementaire dans une période où celui-ci connaît une crise profonde, et sur l’héritage politique de Bismarck. Cela déboucha sur des débats de théorie constitutionnelle, comme celui du rôle et des limites du pouvoir exécutif et des procédures du consentement censés en garantir la légitimité (élections, plébiscites et référendums). A partir ou contre Weber, des penseurs aussi opposés que Carl Schmitt et Jürgen Habermas développeront leur propre théorie philosophique de la légitimité politique [4]. On retrouve également le concept dans l’interprétation historique et sociologique de phénomènes aussi divers que la croyance au pouvoir guérisseur des Rois thaumaturges, comme l’a montré Marc Bloch dans son célèbre ouvrage [5], l’émergence de figures dites « charismatiques » en période de crise (Hitler dans les années 30, de Gaulle en 1958, par exemple [6]) ou encore l’usage des outils de la « communication politique » dans la construction du « leadership ». C’est dire si ce concept représente un outil aujourd’hui apparemment incontournable pour les analystes du pouvoir politique, quelle que soit leur approche initiale. « Idée séduisante ou concept pertinent ? », comme s’interroge Hinnerk Bruhns [7] : le « phénomène charismatique » n’a cessé de susciter débats et controverses autour de la traduction et de la compréhension même de l’usage qu’en fait Max Weber [8], qui rendent nécessaire un retour sur cette notion.

2. Problématique

En effet, on peut, d’un côté, considérer que le « charisme » d’un acteur politique est entièrement construit et qu’il est le produit d’un certain nombre d’institutions, de pratiques sociales (comme les serments politiques, les campagnes présidentielles ou les allocutions publiques) ou encore de configurations historiques particulières. Cette position a parfois conduit à une remise en cause radicale de la pertinence de cette notion pour l’étude sociologique des processus de légitimation. Si, au contraire, on considère que le « charisme » est bien personnel, qu’il est le résultat de la rencontre de qualités individuelles et d’attentes collectives, il reste alors à comprendre les conditions d’institutionnalisation, de « routinisation » et de reproduction de ce « charisme » individuel. En définitive, la question centrale que pose le « charisme » aux sciences sociales serait de déterminer s’il existe des « hommes charismatiques », dotés de propriétés objectives « extraordinaires » qui pourraient les faire qualifier de la sorte, ou si le « charisme » est toujours « situationnel » [9], c’est-à-dire émergent de configurations institutionnelles et de logiques de situation particulières.

3. Thématiques de la journée

Sur la base de cette interrogation centrale, nous aimerions confronter lors de cette journée jeunes chercheurs et chercheurs expérimentés, venant aussi bien de la philosophie, de l’histoire que de la science politique, autour de quelques thématiques ouvertes qui permettraient d’élaborer une réflexion commune. Nous proposons ci-dessous cinq pistes de travail qui pourront servir de cadre provisoire à l’organisation de la journée :

Institutions et charisme : cette thématique permettrait de traiter la question centrale que nous venons d’évoquer, qui revient principalement à s’interroger sur les rapports entre le « charisme » et les institutions, au sens large : peut-on les concevoir séparément et penser le « charisme » comme une qualité, une « essence », qui pourrait être institutionnalisée (et comment ?) ; ou doivent-ils au contraire se comprendre comme intrinsèquement liés, le « charisme » émergeant des situations et des institutions qui le créent ? Un régime présidentiel, par exemple, est-il plus « favorable » à l’apparition du « charisme » ? Quel rapport entretient le « charisme » avec les institutions du consentement comme les plébiscites, référendums et élections ?

Charisme et crises de légitimité : dans le prolongement et en complément de la thématique précédente, il serait intéressant d’analyser quelques exemples historiques précis de « crises politiques », qui permettraient de mettre à l’épreuve les différentes approches disciplinaires du « charisme » en interrogeant des notions qui lui sont subordonnées, comme celle d’ « homme providentiel » ou de « sauveur » par exemple. La fin de la République de Weimar ou de la IVe République constituent ici des exemples « classiques » qui pourraient être complétés par beaucoup d’autres, tirés de périodes comme la fin de la République romaine, la Révolution française, les « transitions démocratiques » en Europe de l’est et en Amérique du Sud, ou encore les constructions étatiques en Afrique, par exemple.

Les revendications charismatiques : il semble nécessaire de poser, pour le « charisme », la même distinction que Weber posait pour les « types de domination » en général : celle qu’il fait entre « revendications de légitimité » d’un côté, et « croyances en la légitimité » de l’autre. Doit-on croire au « charisme » pour qu’il soit efficace, et, si oui, qui sont ceux qui doivent y croire ? Ou n’y a-t-il que des « revendications charismatiques », dont il faut alors analyser l’expression et les modalités ? Comment se construirait, dans les discours et les images, le « charisme » d’un personnage politique ? Y a-t-il des invariants dans l’usage des ressources rhétoriques et iconographiques des personnages considérés comme charismatiques ?

« Réalisations » du charisme ? Une réflexion sur l’action publique et les réalisations des hommes qui ont reçu, d’une manière ou d’une autre, une « attestation charismatique » [10], s’avère également indispensable pour comprendre les discussions qui entourent la question de la réussite ou de l’échec d’un « moment charismatique » : comment la figure « charismatique » peut-elle, ou non, « faire ses preuves » et en quoi consistent-elles ?

Comment lire Weber sur le charisme aujourd’hui ? ces thématiques particulières permettront peut-être alors d’envisager un retour commun, sous forme de table ronde par exemple, sur l’interprétation même des analyses wébériennes de la notion. A la lumière de certains travaux en cours de publication, que viendront présenter Isabelle Kalinowki et Jean-Claude Monod, cette journée sera aussi l’occasion d’un retour théorique sur la notion de « charisme » chez Weber. Par cette journée, notre « atelier légitimation » espère encourager une (re)lecture des textes moins connus de la sociologie wébérienne de la domination comme de ses écrits politiques récemment traduits, tout en organisant un espace de discussion interdisciplinaire sur un concept toujours à réévaluer, celui du « charisme » en politique.

Journée « Jeux Séculaires »

Rites et légitimation : Les Jeux séculaires au regard des sciences sociales (28 juin 2010)

Les Jeux séculaires de 17 avant notre ère sont une des plus importantes cérémonies organisées par Auguste pour mettre en scène son pouvoir et sa légitimité. Ils forment également une séquence rituelle majeure qui les place au coeur de l’étude des rites de la religion romaine officielle. Ce dossier repose sur un ensemble de sources de tout premier plan par la précision des informations conservées. L’analyse et la mise en perspective de cet ensemble exceptionnel nécessitent de croiser les démarches disciplinaires afin de tenter de mieux comprendre cet objet complexe. C’est pourquoi cette journée d’étude réunit des chercheurs en histoire romaine, en sociologie politique et en linguistique autour de l’analyse du déroulement et des enjeux des Jeux séculaires augustéens. Nous souhaitons, en organisant la confrontation des approches, susciter une réflexion commune sur les Jeux séculaires eux-mêmes, sur les liens entre rituels et légitimation, et contribuer ainsi à la convergence des différentes sciences sociales.

1. Les Jeux séculaires de 17 av.n.è.

Les sources disponibles sur les Jeux séculaires augustéens sont principalement constituées par des commentaires épigraphiques retrouvés en 1890 et 1930 à l’extrémité occidentale du Champ de Mars à Rome. Que nous apprennent ces commentaires épigraphiques ? Auguste, avec l’aide du collège sacerdotal des quindecemvirs dont il était le magister, organise en 17 av.n.è. une séquence rituelle complexe de la mi-mai à la mi-juin. Les prêtres distribuent d’abord des torches de soufre et d’asphalte aux citoyens afin de purifier les maisons. Ensuite, ces derniers apportent aux quindecemvirs des contributions en nature, de blé, d’orge et de fèves, destinées à récompenser les participants aux Jeux. Ces opérations prennent une quinzaine de jours. De la nuit du 31 mai au 3 juin, Auguste, assisté d’Agrippa et agissant « au nom des quindecemvirs et pour le peuple romain », effectue une série de sacrifices nocturnes et diurnes se déroulant pendant trois nuits et trois jours en l’honneur de plusieurs divinités. Ces sacrifices ont lieu sur le Champ de Mars près du Tibre, au Capitole et au Palatin. Les sacrifices nocturnes sont célébrés selon le rite grec (tête découverte), les victimes choisies sont de couleur noire et sont entièrement consumées lors du sacrifice aux divinités chtoniennes. Les cérémonies commencent pendant la nuit du 1er juin, à la première heure de la nouvelle journée, au lieu dit « Tarentum », à l’extrémité occidentale du Champ de Mars, au bord du Tibre. L’empereur sacrifie aux Moires neuf agnelles et neuf chèvres. Les sacrifices sont immédiatement suivis de jeux scéniques et de banquets symboliques (lectisternes) offerts aux divinités par cent dix matrones issues des meilleures familles. Il s’agit d’un repas déposé au pied des statues des dieux disposées comme pour un banquet. Au cours de la première journée, Auguste et Agrippa sacrifient à Jupiter au Capitole. Au cours de la deuxième nuit, les sacrifices au Tarentum sont offerts à Ilithye et eux aussi suivis de jeux scéniques et de banquets symboliques. Au cours de la deuxième journée, un sacrifice est offert à Junon Reine, puis une supplication lui est adressée par les matrones au Capitole, sous la conduite d’Agrippa. Au cours de la troisième nuit, les sacrifices sont offerts à Terra Mater, de nouveau au Tarentum, et toujours suivis de jeux scéniques et de banquets symboliques. Au cours de la troisième journée, après un sacrifice voué à Apollon et Diane, au Palatin, un chant (l’hymne séculaire) est adressé à Apollon et à toutes les divinités honorées pendant les Jeux par deux chœurs, l’un de vingt-sept garçons et l’autre de vingt-sept jeunes filles, au Palatin puis au Capitole. Le texte de ce carmen, composé par Horace, nous a été transmis par la tradition littéraire. A l’issue de ces rites, des jeux honoraires, jeux scéniques et jeux du cirque, sont offerts au peuple de Rome pendant sept jours. Ce déroulement nous est connu par différentes sources dont les plus importantes sont les commentaires épigraphiques déjà évoqués. En effet, les quindecemvirs décidèrent de faire graver dans le marbre la liste des décisions prises et des actes conduits aux cours de ces cérémonies. Ces commentaires furent ensuite installés sur le Champ de Mars, près du Tibre, à l’endroit même ou à proximité immédiate du lieu où les sacrifices nocturnes avaient été offerts. Un ensemble non négligeable de sources littéraires, au premier rang desquelles se trouvent les textes de Valère Maxime et de Zosime, ainsi que l’hymne séculaire d’Horace, vient compléter ce dossier exceptionnel. Par ailleurs, d’autres Jeux séculaires ont été célébrés par la suite notamment par Septime Sévère, en 204, ainsi que par Domitien en 88. Les commentaires des quindecemvirs relatifs à la célébration de 204, retrouvés au même endroit que ceux des jeux augustéens, décrivent une cérémonie en tout point comparable, tout en apportant quelques précisions importantes, malgré leurs nombreuses lacunes. Les commentaires épigraphiques des Jeux séculaires d’Auguste et de Septime Sévère sont à l’heure actuelle, malgré leur état fragmentaire, une des sources les plus précises et les plus importantes pour l’étude des rites de la religion romaine. Seuls les actes des Arvales, formant une série chronologique plus complète, donnent davantage d’information. Le procès-verbal des Jeux de Domitien n’a pas été mis au jour. En revanche, une importante série d’émissions monétaires vient confirmer que les célébrations ont globalement suivi le même protocole.

2. Problématique La démarche de cette journée d’étude est volontairement expérimentale, et nous l’espérons, novatrice. Les études traitant jusqu’ici des Jeux séculaires se sont principalement centrées sur l’établissement et la restitution du texte des documents épigraphiques, dont les nombreuses lacunes posent des difficultés parfois insurmontables. Notre journée ne s’inscrit pas dans cette démarche d’établissement précis des faits. Nous cherchons plutôt à apporter, grâce à l’étude des Jeux séculaires, un nouvel éclairage sur les pratiques de légitimation du pouvoir, par l’analyse croisée des mécanismes rituels mis en oeuvre et de l’exploitation de ces mêmes rites dans la construction de la légitimité du Prince. Pour cela, nous voulons organiser la confrontation de méthodes de travail différentes et favoriser le dialogue entre les disciplines des sciences sociales en faisant travailler ensemble des spécialistes de diverses disciplines : historiens, mais également sociologues et linguistes. Cette étude croisée d’un même objet s’inscrit dans le cadre d’un atelier de recherche organisé à l’ENS depuis 2008/2009 et qui est conçu comme un projet interdisciplinaire. Cet atelier réunit ainsi des jeunes chercheurs de diverses disciplines autour de l’étude des pratiques de légitimation du pouvoir politique. Dans la continuité des activités qui y sont menées (présentations de thèses en cours, lecture et travail sur textes « classiques », interventions de chercheurs confirmés et discussion autour de leurs travaux), l’idée est de proposer régulièrement, lors de journées d’études ponctuelles, un objet commun précis à des spécialistes de différentes disciplines. La dimension d’ « atelier » de ce projet tient en effet à cette volonté commune de ne pas limiter le dialogue entre disciplines à la juxtaposition d’analyses sur objets différents, mais de tenter de faire travailler ensemble des chercheurs issus d’horizons différents à la construction d’un savoir dépassant les frontières disciplinaires académiques. Dans cette perspective, la séquence rituelle des Jeux séculaires de 17 avant notre ère s’est imposée comme un objet d’étude commun particulièrement intéressant. Ces cérémonies qui mobilisent, derrière l’empereur et son entourage immédiat, l’ensemble de la cité, forment en effet un élément majeur de la diffusion de l’idéologie impériale. Par ailleurs, elles posent également la question des manipulations du calendrier par le pouvoir. En effet, les Jeux séculaires ne sont pas une cérémonie créée par Auguste : celui-ci reprend en 17 une tradition établie de célébrations républicaines organisées tous les cent ans et dont deux nous sont connues par les sources, celles de 249 et 146 av.n.è.. Néanmoins, Auguste rompt, pour les Jeux de 17 av.n.è., avec ce comput traditionnel de siècles de cent ans et opte pour un nouveau comput séculaire de cent dix ans. Ce calcul, et le nouveau calendrier qui en résulte pour les Jeux, est fondé sur un oracle sibyllin (c’est-à-dire interprété par les quindecemvirs à partir des livres prophétiques dont les membres de ce collège sacerdotal sont les dépositaires et gardiens). Selon le comput traditionnel, les Jeux auraient dû en fait être organisés en 46 av.n.è. et non pas en 17. On voit ici apparaître l’enjeu politique et religieux du contrôle du calendrier. Les Jeux séculaires s’inscriraient ainsi dans la politique d’Auguste, qui se présente comme le nouveau Romulus, refondateur de Rome et d’un nouvel âge d’or. La fête clôture le siècle écoulé, assimilé à une génération humaine, et renouvelle la bienveillance des dieux pour la nouvelle génération. L’organisation des Jeux participe donc d’une entreprise de légitimation du nouveau régime, après le long temps de crise des guerres civiles. La séquence cérémonielle des Jeux séculaires de 17 offre ainsi plusieurs entrées intéressantes pour l’étude de la question des revendications de légitimité et des pratiques de légitimation du pouvoir : pourquoi Auguste a-t-il opté pour un nouveau comput séculaire ? Quels sont les rapports entre les différents cercles du pouvoir (Auguste et les quindecemvirs, le rôle d’Agrippa…) ? Pourquoi les quindecemvirs jouent-ils un rôle aussi important dans la conduite des cérémonies et l’établissement des comptes-rendus épigraphiques ? Comment ces Jeux ont-ils été perçus par les différentes couches de la population ? Comment le Prince a-t-il tiré parti de cette séquence rituelle dans le renforcement de sa légitimité ? Comment analyser le discours officiel de « mise en récit » de l’épisode par les commentaires monumentaux ? Autant de questions qui rendent nécessaire la mobilisation de méthodes et de concepts de différentes branches des sciences sociales.

3. Déroulement de la journée

L’organisation de la journée est pensée selon quatre axes principaux, faisant chacun intervenir une paire de chercheurs, l’un historien, et l’autre spécialiste d’une autre discipline des sciences sociales : • les Jeux séculaires et leurs sources : analyse de discours (A. Leblond) ; • les acteurs et les normes d’interprétation des Jeux séculaires (F. Van Haeperen ; C. Le Digol) ; • la construction de la liesse et de l’adhésion par les Jeux séculaires (A. Gailliot ; N. Mariot) ; • le rituel des Jeux séculaires et la légitimation du pouvoir (E. Rosso ; F. Héran).